• Après plusieurs décennies de carrière, la chanteuse béninoise Angélique Kidjo

    Auteur : admin | 26 August 2019 | 1,258 views

Après plusieurs décennies de carrière, la chanteuse béninoise Angélique Kidjo est devenue une figure incontournable de la scène musicale internationale. Multipliant les projets artistiques, elle s’applique à mettre sa notoriété au service de causes qui lui tiennent à cœur, comme l’éducation des jeunes filles africaines. Une manière sans doute d’être fidèle à ses racines.

 

Angélique Kidjo naît le 14 juillet 1960 à Ouidah, petite ville portuaire de la République du Bénin qui, jusqu’en 1975, se nommait le Dahomey. Issue de l’ethnie Pedah, Angélique est baptisée à sa naissance Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kango Manta Zogbin (le sang d’une lanterne ne peut allumer une flammèche). Sa mère, Yvonne, est chorégraphe et directrice de théâtre renommée, ainsi qu’une femme d’affaires avertie.

Quant à son père Franck, quand il ne travaille pas comme fonctionnaire des postes, il pratique activement la photo et à l’occasion, joue du banjo. Élevée au milieu de ses huit frères et sœurs, Angélique est très tôt au contact d’une multitude de cultures, de langues, de traditions. Sa langue maternelle est le fon, mais elle en comprend et en parle bien d’autres que l’on retrouvera à travers ses disques.

Dès l’âge de six ans, Angélique chante et danse dans l’ensemble que sa mère dirige. La troupe fait de nombreuses tournées à travers l’Afrique de l’ouest, et la petite fille se forge déjà une solide expérience. Vers neuf ans, elle reprend l’école, mais à onze, elle chante dans le groupe de ses frères, le Kidjo Brothers Band. Avec eux, elle acquiert une connaissance aiguë du répertoire afro-américain soul et rhythm and blues, et en particulier celui de James Brown qu’elle connaît sur le bout des doigts.

1980 : “Pretty”

Adolescente, Angélique est déjà une chanteuse connue dans toute la région. Son énergie et la qualité exceptionnelle de sa voix séduisent le public impressionné par cette petite femme au tempérament volcanique. Vers quinze ans, elle écrit quelques chansons et se réfère souvent à son idole, la Sud-Africaine Miriam Makeba. Avec le groupe de son lycée, les Sphinx, elle nourrit encore un peu plus sa notoriété. En 1979, la radio lui ouvre ses portes et, très sensibilisée aux problèmes de l’Apartheid en Afrique du Sud, Angélique choisit d’interpréter un titre de sa composition sur Winnie Mandela.

Elle rencontre alors le chanteur et producteur camerounais, Ekambi Brillant, qui lui fait faire son premier disque “Pretty”, également co-produit par son frère, Oscar Kidjo. Nous sommes en 1980 et Angélique a 20 ans. L’album est enregistré à Paris où la jeune femme vient pour la première fois. Mais, c’est en Afrique que le succès du disque est énorme. Avec deux titres, “Pretty” qui devient un temps le surnom d’Angélique, et “Ninivé”, Angélique Kidjo devient une star dans l’Ouest africain et remplit les salles au cours de ses tournées du Togo à la Côte d’Ivoire.

Son succès africain est tel que son producteur Ekambi Brillant l’encourage à tenter sa chance en France. C’est donc en 1983 que la jeune artiste de 23 ans débarque dans la capitale française où vit un de ses frères. La vie n’y est pas aisée et quelques illusions disparaissent dans les premiers mois. Cependant, Angélique n’est pas facile à décourager. Elle s’inscrit en faculté de droit, qu’elle abandonne au bout d’un trimestre. La voie musicale lui convient mieux. À Paris, elle découvre de nouvelles influences, de nouveaux musiciens. La scène africaine et caribéenne explose à Paris dans les années 1980 et de nombreux artistes africains enregistrent leurs disques en France, point de transit entre l’Amérique et l’Afrique.

Alafia

Parallèlement à la fac, elle prend des cours aux Ateliers-Chansons de Paris où elle se forme au chant classique, au mime et au travail corporel. Elle chante à cette époque avec un groupe bénino-togolais, Alafia. Puis, elle intègre le CIM, une autre école plus axée sur le jazz. Elle y reste trois ans, et grâce à une enseignante américaine, perfectionne le travail respiratoire et l’aspect technique du chant.

C’est à cette époque qu’elle rencontre Jasper van’t Hof, pianiste hollandais et leader du groupe allemand, Pili Pili. Entre jazz, funk et musique africaine, Angélique Kidjo trouve sa place au sein du groupe. Elle en devient la voix à partir de 1984. Ensemble, ils tournent dans toute l’Europe et petit à petit, Angélique Kidjo se fait un nom, en particulier en Allemagne.

En 1986, elle enregistre aux États-Unis un album, “Ewa Ka Djo” avec un saxophoniste hollandais, Tom Barlage, rencontré lors d’une tournée avec Pili Pili.

En 1987, le groupe est au festival de Montreux en Suisse. Cette étape est un tremplin professionnel pour Angélique dont la renommée est de plus en plus solide et flatteuse. Ses prestations scéniques sont énergiques et sensuelles, d’autant plus que la jeune béninoise est une excellente danseuse. Mais c’est surtout sa voix cinglante et riche de larges possibilités qui impressionne le public. De la berceuse au funk le plus endiablé, Angélique Kidjo est à l’aise dans tous les domaines.

Angélique Kidjo enregistre plusieurs disques avec Pili Pili dont “Hoomba Hoomba” en 1985, “Jakko” en 1987 et “Be in two minds” en 1988. Même après son départ du groupe, elle participera parfois à certains enregistrements.

1989 : “Parakou”

En 1988, elle monte également son propre groupe, Angie Kidjo. Elle y est entourée de jeunes musiciens français, plutôt issus du jazz, dont le bassiste Jean Hébraïl, qui devient son mari.

Mais 1989 marque le réel début d’une carrière solo à laquelle Angélique aspire depuis longtemps. Cette année-là, sort l’album considéré comme le tout premier entièrement conçu par la chanteuse “Parakou”. Parakou est une ville du centre du Bénin, un carrefour commercial et culturel, symbole donc de la multitude d’influences présentes dans cet album. Makossa, zouk, soul, reggae et surtout jazz, Angélique Kidjo effectue un travail de synthèse musicale qui ouvre un très large horizon pour l’auditeur. Le pianiste Jasper van’t Hof est invité sur un titre intimiste, “Blewu”.

Le succès de l’album est accompagné d’un événement exceptionnel pour la jeune femme. En mai 1989, elle réalise son rêve de toujours en chantant en première partie de Miriam Makeba à l’Olympia à Paris. La chanteuse sud-africaine a elle-même beaucoup d’admiration pour Angélique Kidjo, les deux femmes partageant le même tempérament, une voix exceptionnelle et une grande sensibilité politique.

En 89, Angélique Kidjo enchaîne les concerts et les participations à de grands festivals. Le 13 avril, elle est au Petit Journal Montparnasse à Paris, en juillet au Festival de jazz de Manosque dans le sud de la France, puis du 9 novembre au 31 décembre, elle s’installe près de deux mois au Sentier des Halles, petite salle du centre parisien. L’année suivante, elle réitère une expérience passionnante en faisant la première partie de la grande chanteuse de jazz Nina Simone à l’Olympia les 9 et 10 avril. Puis, le 27 du même mois, elle investit la salle de jazz du New Morning. Mais, outre la France, on la voit sur de nombreuses scènes étrangères dont Londres.

1991 : “Logozo”

Dès 1991, sort “Logozo” (“La tortue” en fon), deuxième acte solo pour Angélique et point de départ d’une notoriété internationale. L’album est enregistré à Miami et produit par le label Island. Cette fois, le travail entamé dans “Parakou” est plus cohérent. Les multiples influences musicales et culturelles sont mieux travaillées et trouvent leur place tout naturellement à travers les dix titres du disque. La plupart d’entre eux sont composés par Angélique Kidjo et son mari Jean Hébraïl. En particulier les deux extraits qui marchent le mieux, “Batonga” et “Wéwé”.

L’album est produit par un Américain d’origine cubaine, Joe Galdo. Des invités prestigieux traversent le disque avec bonheur que ce soit le saxophoniste camerounais Manu Dibango, le jazzman américain Branford Marsalis ou le Zaïrois Ray Lema qui prête sa voix sur le titre “Sénié” accompagnant ainsi la magnifique voix a cappella de la chanteuse. De plus, Angélique reprend une chanson traditionnelle très célèbre en Afrique, “Malaïka”, hommage à Miriam Makeba qui l’avait immortalisée avant elle.

C’est en fin d’année qu’Angélique Kidjo est de retour sur une scène béninoise lors de la dixième édition du Prix Découvertes RFI organisées du 5 au 9 décembre. Elle est elle-même la marraine de l’événement et reçoit le Prix RFI-SACEM (Société des Auteurs-Compositeurs). Le 5, elle chante à Porto-Novo, capitale du Bénin puis le 8, à Cotonou où sont organisées les Découvertes. À son retour à Paris, elle donne un concert le 19 décembre à la Cigale.

Vedette internationale, Angélique Kidjo s’envole en 1992 au Japon, en Australie et aux États-Unis en septembre. À cette occasion, elle participe à l’émission de jazz que présente Branford Marsalis, le “Tonight Show”. Cette année-là, elle est également nommée trois fois aux New Music Awards américains (meilleur nouvel album, meilleur album de world music et meilleur artiste solo). Enfin, elle est récompensée aux Octaves de RFI à Montréal, prix décerné à un chanteur et à une chanteuse francophones.

Le 31 octobre, Angélique Kidjo remonte sur la scène de l’Olympia, mais cette fois en vedette. La première partie est assurée par le Zaïrois, Lokua Kanza qui fait alors ses débuts en France. La jeune femme est à ce moment-là enceinte de quatre mois d’une petite fille, Naïma-Laura, qui voit le jour en 1993. Pendant presque un an, la jeune femme disparaît donc du devant de la scène pour se consacrer presque exclusivement à son bébé. Elle trouve cependant le temps de préparer un nouvel album qui sort dès le début de l’année 1994.

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